Discours du vendredi 13.03.2026 : « Laylat al-Qadr : la nuit de la proximité avec Allâh »
Louange à Allâh, le Très-Haut, le Tout-Puissant, Lui qui a placé dans le temps des saisons de miséricorde et dans la vie des moments où le serviteur revient vers son Seigneur. Nous Le louons, nous cherchons Son aide et Son pardon. J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allâh, seul, sans associé, et j’atteste que notre maître Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Qu’Allâh prie sur lui, sur sa famille, sur ses compagnons, et qu’Il leur accorde le salut.
Ceci étant dit, ô serviteurs d’Allâh, je vous recommande, ainsi qu’à moi-même, la taqwâ d’Allâh, la piété, la conscience d’Allâh. Car la taqwâ est la vraie mesure de la proximité avec Allâh, et la vraie mesure de la noblesse auprès de Lui. Allâh dit : « Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allâh, est le plus pieux. »
Chers Frères et sœurs, nous vivons des jours immenses, et nous nous arrêtons devant une nuit qui n’est pas comme les autres : Laylat al-Qadr. Allâh dit : « Nous l’avons certes fait descendre pendant Laylat al-Qadr. Et qui te fera connaître ce qu’est Laylat al-Qadr ? Laylat al-Qadr est meilleure que mille mois. » Et Il dit aussi : « Nous l’avons fait descendre le Coran en une nuit bénie. » C’est une nuit bénie, une nuit dans laquelle le Coran est descendu, une nuit dans laquelle les affaires sont décidées avec sagesse. Allâh dit : « Elle est paix jusqu’à l’apparition de l’aube. »
Cette nuit marque un moment immense : le moment où la terre a été reliée au ciel, et où le message final a commencé. Le Coran est descendu comme « une guidée pour les gens, et des preuves claires de la guidée et du discernement. »
Le mot qadr renvoie au décret, à la mesure et à l’honneur. C’est donc une nuit du décret, et une nuit d’un rang immense. Les savants ont expliqué qu’elle se trouve dans les dix dernières nuits de Ramadan, qu’elle est la meilleure nuit de l’année, meilleure que mille mois, et que le croyant doit la rechercher avec foi et espérance.
Mais le sens profond ne s’arrête pas à connaître son mérite. Le plus important est de comprendre ce qu’elle veut produire en nous. Laylat al-Qadr est la nuit de la proximité avec Allâh. Allâh dit : « Et lorsque Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, alors Je suis tout proche. »
Méditez ce verset. Allâh n’a pas dit : “Dis-leur que Je suis proche.” Il a répondu Lui-même, pour faire ressentir à Ses serviteurs la douceur de Sa proximité. Mais cette proximité n’est pas une proximité de lieu. C’est une proximité de science, de miséricorde, d’assistance et de secours. Elle se réalise par deux voies essentielles.
La première, ce sont les obligations religieuses. Dans le hadith qudsî, Allâh dit : « Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par une chose plus aimée de Moi que ce que Je lui ai rendu obligatoire. » Puis vient la seconde voie : les œuvres surérogatoires. Dans le même hadith, il est dit : « Et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. »
Il y a donc une différence entre celui qui cherche seulement la récompense et celui qui cherche la proximité. Celui qui cherche seulement la récompense peut se contenter du minimum. Mais celui qui cherche la proximité vise le degré de l’iḥsân : adorer Allâh comme s’il Le voyait. Voilà pourquoi Laylat al-Qadr n’est pas seulement une course au nombre. C’est une élévation dans la qualité, une purification de l’intention, et une présence plus vraie devant Allâh.
Et il est remarquable que cette nuit soit liée au Coran : « Nous l’avons certes fait descendre… ». Cela nous enseigne que le Coran est le plus grand chemin vers la proximité d’Allâh. Celui qui veut se rapprocher d’Allâh doit rétablir son lien avec le Coran : le lire, le méditer, le comprendre, et s’y référer dans sa vie.
Cette proximité avec Allâh se voit dans trois domaines. Elle se voit d’abord dans la pensée, lorsque la Révélation devient notre référence. Elle se voit ensuite dans le comportement, lorsque la foi devient honnêteté, pudeur, patience, justice et douceur. Elle se voit enfin dans la décision, lorsque le licite et l’illicite ont une place réelle dans nos choix et dans nos engagements.
Ô serviteurs d’Allâh, deux déviations menacent la religion. La première, c’est qu’elle devienne un ensemble de rites privés sans effet réel sur la vie. La seconde, c’est qu’elle se transforme en fermeture et en repli. Laylat al-Qadr nous enseigne l’équilibre. La proximité avec Allâh ne veut pas dire se retirer de la société, ni s’y dissoudre jusqu’à perdre ses repères. Elle veut dire être présent parmi les gens avec des valeurs solides, une foi claire et une éthique stable.
Le musulman proche d’Allâh excelle dans son travail, car l’excellence est une adoration. Il respecte les règles et les engagements, car la fidélité à la parole donnée fait partie de la religion. Il se pare du bon comportement, car la noblesse du caractère est au cœur de la foi vécue. Et il est rapporté : « Les plus proches de moi, le Jour de la Résurrection, seront ceux qui ont le meilleur comportement. » Il participe aussi au bien commun, car il voit dans la réforme, dans le service utile et dans la miséricorde une responsabilité devant Allâh.
Parmi les plus grands dangers qui menacent aujourd’hui nos enfants et nos familles, il n’y a pas seulement l’affaiblissement de la pratique. Il y a aussi la perte du sens. Quand le sens s’efface, les gestes s’affaiblissent. Quand le sens disparaît, la pratique devient lourde ou fragile.
Or Laylat al-Qadr remet le sens au centre de la vie :
- Elle nous rappelle que notre existence n’est pas absurde,
- Que notre vie n’est pas laissée au hasard,
- Et que nous avons un Seigneur proche, Qui entend, Qui voit, Qui sait et Qui répond.
Voilà pourquoi nous devons traduire, dans cette nuit bénie, le sens de la proximité en actes concrets. D’abord, la proximité de l’examen de soi :
- Où en sommes-nous avec la ṣalât, avec le Coran, avec la vérité et avec notre lien réel à Allâh ?
- Ensuite, la proximité de la réforme familiale : réconciliation, pardon, apaisement et liens de parenté renoués.
- Enfin, la proximité de la mission dans la société : être un apport positif, refléter l’image de l’islam par la compétence, l’honnêteté, la justice, la miséricorde et le bien que nous apportons autour de nous.
Allâh dit, à la fin de la sourate de Laylat al-Qadr : « Elle est paix jusqu’à l’apparition de l’aube. » . Cette nuit est paix pour celui qui revient sincèrement vers son Seigneur. Et celui qui a goûté à la paix de la proximité avec Allâh ne devrait pas retourner ensuite au vacarme du péché et à la confusion de l’éloignement.
Et qu’Allâh prie et accorde le salut à notre maître Muhammad, ainsi qu’à sa famille et à l’ensemble de ses compagnons.