Discours du vendredi 27.02.2026 : « Le jeûne et la construction de la volonté »
Louange à Allâh qui a prescrit le jeûne pour purifier nos âmes, élever nos mœurs et fortifier nos volontés. Je Le loue et Lui rends grâce. Je témoigne qu’il n’y a de divinité qu’Allâh, seul et sans associé — Lui qui a fait de la taqwâ le fruit le plus précieux du jeûne. Et je témoigne que notre seigneur Muḥammad est Son serviteur et Son messager, qui nous a appris que le jeûne est une école de réforme et de renaissance. Qu’Allâh lui accorde Sa prière et la paix la plus complète, ainsi qu’à sa famille et à ses nobles Compagnons.
Ô serviteurs d’Allâh, je vous recommande ainsi qu’à moi-même — car je suis le premier à en avoir besoin — la taqwâ, la crainte d’Allâh. Car elle est la source de toute force, la clé de toute stabilité, et le fondement de la volonté sincère.
Ô serviteurs d’Allâh, le jeûne n’est pas simplement une abstention de nourriture et de boisson. Non. Le jeûne est une décision — renouvelée librement chaque matin. Tu t’abstiens alors que tu en es capable. Tu patientes alors que tu en as besoin. Tu te retiens alors que le désir est là. C’est un entraînement concret de la volonté, que les mots ne peuvent pas remplacer.
Le Messager d’Allâh ﷺ nous l’a enseigné en deux paroles lumineuses : « Le jeûne est un bouclier : que celui qui jeûne ne tienne pas de propos obscènes et ne se conduise pas en ignorant ; et si quelqu’un l’attaque ou l’insulte, qu’il dise : “Je suis en train de jeûner.” » (Al-Bukhârî) et, « Celui qui jeûne le mois de Ramaḍân par foi et en attendent la récompense, ses péchés passés lui seront pardonnés. » (Al-Bukhârî)
Ces deux hadiths nous dressent un portrait complet du jeûne. Il est protection pour l’âme. Discipline du comportement. Maîtrise de la colère. Et renouveau spirituel par le pardon. Autant de piliers qui bâtissent, jour après jour, une volonté solide.
Le jeûne et la maîtrise des désirs
Ô serviteurs d’Allâh, nous vivons à une époque de tentations sans limites. Un environnement matériel qui presse l’être humain à chaque instant. Nos enfants — et beaucoup parmi nous — naviguent dans un monde d’écrans qui ne dorment jamais, consommation permanente, et culture du plaisir immédiat.
Alors vient le jeûne pour nous enseigner un mot qui a changé des destinées : « non ». Dire « non » à ce que l’on désire — alors qu’on en est capable — uniquement pour l’agrément d’Allâh. Voilà le commencement de la force. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui n’abandonne pas les faux propos et les actes qui en découlent, Allâh n’a que faire qu’il abandonne sa nourriture et sa boisson. »
Car le jeûne, ce n’est pas seulement le jeûne du ventre. C’est le jeûne de la langue. Du regard. Du cœur. Du comportement tout entier. C’est là — et nulle part ailleurs — que se forge la volonté morale.
Le jeûne et le report du plaisir
La volonté ne se construit pas dans les moments de confort. Elle se construit dans les moments de patience. Le jeûneur voit l’eau devant lui par une journée de chaleur — et il attend le Maghrib. Il voit la nourriture — et il se retient. Il ressent le désir — et il patiente.
Ce que les spécialistes de la psychologie appellent aujourd’hui la capacité à retarder un plaisir — le Ramaḍân en est la plus belle école. C’est le secret du succès : dans les études, dans le travail, dans la construction de soi.
Quand on vit en minorité, loin de son environnement d’origine, où beaucoup ressentent des pressions pour s’intégrer aux dépens de leurs valeurs, le jeûne devient une déclaration d’identité. Le jeûneur dit, sans un mot : « Je choisis ma religion. Je choisis mes valeurs. Je choisis l’obéissance à Allâh. » Et c’est ainsi que l’adoration devient une force intérieure que rien ne peut ébranler.
Le jeûne et la personnalité équilibrée
Ô serviteurs d’Allâh, le jeûne ne forge pas un homme dur. Il forge un homme équilibré. Il souffre de la faim — et ressent ce qu’éprouve le pauvre. Il patiente — et apprend la clémence. Il se retient de faire du mal — et apprend la miséricorde.
Allâh, le Très-Haut, nous dresse le portrait des hommes de volonté : « Ceux-là s’empressent vers les bonnes œuvres et ils en sont les premiers» [Sourate Al-Mu’minûn, verset 61]
Les gens de volonté n’attendent pas les circonstances idéales — ils les créent par leur foi. Et Allâh, dans Sa sagesse infinie, a fait alterner la nuit et le jour : « …pour celui qui veut se souvenir ou qui veut être reconnaissant. » [Sourate Al-Furqân, verset 62]
La volonté a besoin de temps. D’entraînement. De répétition. Et le Ramaḍân est, chaque année, notre champ d’entraînement.
Faire du Ramaḍân un véritable tournant
Ô serviteurs d’Allâh, le Ramaḍân ne veut pas de nous un jeûne passager. Il veut une transformation durable. Voici comment y parvenir :
- Fixe-toi un objectif clair : se réconcilier avec le Coran, abandonner une mauvaise habitude, préserver la prière du Fajr, réparer un lien familial.
- Mets à profit chaque moment de difficulté : chaque fois que tu dis « non » à un désir, tu construis une personnalité plus forte.
- Transforme l’entraînement en mode de vie : que ta volonté ne soit pas saisonnière — continue après le Ramaḍân.
- Éduque tes enfants à comprendre le sens profond des actes : apprends-leur que le jeûne est une éducation du cœur, pas seulement une abstention du corps.
Pour conclure, Ô serviteurs d’Allâh, le Ramaḍân n’est pas un mois de privation, mais un mois de renforcement. Ce n’est pas un mois de faiblesse, mais une école de la volonté. Sortons-en avec une volonté plus forte. Un cœur plus pur. Une âme plus sereine. Une identité plus ancrée. Dans nos foyers. Dans nos activités. Dans nos écoles. Dans notre communauté. Ô Allâh, fais de nous parmi ceux qui ont jeûné par foi et en espérant Ta récompense — ceux dont la volonté se fortifie dans Ton obéissance, et dont les cœurs se réforment par Ton rappel. Bénis notre jeunesse, nos familles et notre communauté. Et fais de nous des exemples dans le bien, où que nous soyons.
Qu’Allâh prie sur notre seigneur Muḥammad, sur sa famille, et qu’Il lui accorde la paix.