Discours du vendredi 22.05.2026 : « L’Unité de la Oumma et la construction de la Famille »
Louange à Allâh qui a fait des saisons de bienfait une miséricorde et une purification pour Ses serviteurs. Je témoigne qu’il n’y a de dieu qu’Allâh seul, sans associé — Lui qui a fait du Hajj un rite d’unité, de fraternité et du rejet des divisions. Et je témoigne que notre maître Muḥammad est Son serviteur et Son Messager — lui qui fut le meilleur à saisir les occasions et à appeler à la miséricorde et à l’entraide. Qu’Allâh le bénisse, ainsi que sa famille et ses Compagnons, tous ensemble.
Les dix premiers jours de Dhû l-Hijja occupent une place d’exception dans notre calendrier. Ils représentent une occasion rare de transformation intérieure et de renouveau au cœur de la famille. Allâh Lui-même en a attesté la grandeur en jurant par eux dans Sa parole : « Par l’aube ! Et par les dix nuits ! » La bonne action accomplie en ces jours est « plus aimée d’Allâh » que celle accomplie en dehors.
Cette bonne action prend toutes les formes : la prière, le dhikr, le jeûne, la sadaqa, la piété filiale, le maintien des liens de parenté, la réconciliation entre les gens etc… Chacun de ces actes reconstruit le lien entre le serviteur et son Créateur, et entre l’individu et ceux qui l’entourent. Cette intensification spirituelle rééquilibre la vie intérieure, et prépare chacun à passer de la réforme de soi à l’assimilation des grandes valeurs que porte le Hajj — voyage physique pour celui qui en a la capacité, voyage intérieur pour celui qui reste. De là, nous pouvons nous arrêter sur quatre grands messages que le Hajj nous transmet.
Premier message: La diversité comme complémentarité, non comme source de conflit
Le Hajj dépasse le simple déplacement géographique. Il devient une école humaine et spirituelle, qui enseigne à chacun que la diversité est une richesse, non une source de division. Ce que le Coran nomme « afin que vous vous connaissiez mutuellement » prend toute sa réalité dans le rassemblement du Hajj : la diversité des langues, des visages, des origines, cesse d’être un obstacle pour devenir un outil de complémentarité. Les distinctions de classe s’effacent, car tous sont unis dans la même servitude envers Allâh.
Le Hajj opère à deux niveaux. Il y a d’abord le déplacement des corps vers La Mecque — la communion dans le rite, l’unité du lieu. Et il y a ensuite, plus profond, la purification des âmes vers l’humilité et le détachement de l’orgueil. Le pèlerin apprend à accepter l’autre tel qu’il est, avec ses caractères et ses contraintes. La difficulté devient un chemin de purification.
La diversité au Hajj n’est pas qu’un rassemblement. C’est un apprentissage. Et cet apprentissage rejaillit sur la plus petite unité de la société : la famille. L’unité de la Oumma commence par la cohésion et la stabilité du foyer musulman.
Deuxième message : Les valeurs du Hajj appliquées à la vie conjugale
Relever les défis de nos sociétés exige que nous transposions les valeurs du Hajj dans notre vie conjugale. La relation entre les époux est un voyage de tranquillité qui ressemble, dans son essence, au voyage du pèlerin : il requiert discipline et dépassement de soi. La sagesse commande de gérer la différence avec miséricorde — et non de tenter d’effacer la différence, ce qui mène le plus souvent à l’affrontement. Quatre valeurs essentielles transforment la vie conjugale.
La patience, d’abord : accepter les imperfections naturellement humaines.
La générosité ensuite : non pas seulement dans les biens, mais dans les sentiments et dans la reconnaissance.
L’endurance : bâtir une famille est une mission de toute une vie, non un projet que l’on abandonne au premier obstacle.
Et la connaissance : comprendre les besoins de son conjoint, ses attentes intérieures, ses fragilités — ce qui transforme les conflits en entente, et les chocs en dialogue.
Ces valeurs trouvent leur écho dans la parole du Prophète ﷺ : « Qu’aucun croyant ne haïsse une croyante. » C’est un appel à savoir voir le bien chez l’autre, à ne pas laisser le premier obstacle briser ce qui a été construit. Et cette miséricorde dans la relation ne saurait être complète sans maîtriser ses paroles — c’est là l’une des grandes leçons du Hajj.
Troisième message : L’éthique du fond — se libérer des apparences et maîtriser la langue
Le vêtement de l’ihrâm porte un enseignement profond : une vie conjugale réussie ne repose pas sur l’apparence extérieure, mais sur la valeur intérieure. Se dépouiller des ornements du monde lors du Hajj apprend aux époux que la sécurité du foyer se bâtit sur la transparence et la sincérité.
Le Coran interdit au pèlerin tout rafath, fusûq et jidâl — l’obscénité, la débauche et la dispute. Ces interdictions sont une leçon pour la vie conjugale. La dispute stérile et les blessures verbales épuisent les ressources spirituelles de la famille et menacent directement sa paix intérieure. La maîtrise de la langue revêt une importance encore plus grande dans le contexte de vie qui est le nôtre.
Offrir une belle image de l’Islam ne se fait pas par des discours. Cela se fait par la stabilité du foyer, par un comportement éthique au quotidien, par des mœurs qui reflètent la miséricorde et la droiture de la religion. La réforme intérieure du foyer, en ces jours bénis, est le sommet de la bonne action — et le message que le croyant offre à sa société.
Quatrième message : L’exigence du « Allâhu Akbar » et la bonne action
Le message de ces jours se résume en un seul cri : l’unicité d’Allâh, portée par le Takbîr (Allâhou Akbar — Allah est le Plus Grand), le Tahlîl (Lâ ilâha illallâh — il n’y a de divinité qu’Allah) et le Tahmîd (Al-hamdou lillâh — louange à Allah). C’est un outil éducatif : il apprend au croyant à relativiser les choses de ce monde face à la grandeur du Créateur. Celui qui ressent vraiment que «Allâh est plus grand » voit les disputes futiles se réduire à néant. Il s’élève au-dessus de l’orgueil envers son conjoint, envers tout être humain. Il se libère de l’anxiété et de la crainte.
Alors faites du tahlîl, du takbîr et du taḥmîd un wird (une habitude quotidienne )— et réglez par le dhikr le rythme intérieur de votre famille. Saisissez le jeûne du jour d’Arafat comme une occasion de purification totale et de renouveau du lien sacré entre les époux. Et faites de ces dix jours un point de départ : pour répandre la mawadda (affection) et la rahma (miséricorde) dans votre foyer, entre vous et vos proches. Car la stabilité du foyer est la première brique de l’unité et de la force de la Oumma.
Qu’Allâh bénisse notre maître Muḥammad, sa famille, et qu’Il leur accorde la paix.