Discours du vendredi 12.06.2026 : La justice au sein de la famille – De la contrainte à l’affection
Louange à Allâh, qui a fait de la justice le fondement des relations, et de la taqwâ la balance des foyers. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allâh, Seul, sans associé. Et j’atteste que notre maître Muḥammad est Son serviteur et Son Messager. Que la paix et les bénédictions d’Allâh soient sur lui, sur sa famille, ses Compagnons, et sur tous ceux qui suivent sa voie jusqu’au Jour dernier.
Serviteurs d’Allâh, parmi les domaines les plus délicats où se manifeste notre foi, il y a la famille. C’est dans le foyer que se vérifient la justice, la patience, la miséricorde et la crainte d’Allâh.
L’Islam n’a pas fait de la responsabilité familiale ni de l’obéissance des droits absolus. Il les a encadrées par la justice, par la miséricorde, et par ce grand principe : il n’y a pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur. Lorsque ces limites sont oubliées, l’affection peut devenir un moyen de domination, et le foyer, qui devait être un lieu de tranquillité, peut devenir un lieu de conflit.
C’est ici que la taqwâ prend toute sa place. Elle est cette vigilance intérieure qui précède tout recours à la justice. Elle empêche que les règles religieuses soient utilisées pour contourner les droits ou pour imposer l’injustice.
Serviteurs d’Allâh, l’Islam nous a donné un critère pour établir la justice dans la famille : le convenable (al-ma’rûf). Allâh dit : «Elles ont des droits équivalents à leurs devoirs, conformément au convenable. » Il dit aussi : « Lorsqu’ils se sont mutuellement agréés selon le convenable. » Il dit encore : « Accordez-leur un don : l’homme aisé selon sa capacité, et celui aux moyens limités selon sa capacité ; un don conforme au convenable, comme un devoir pour les bienfaisants. » Et Il dit : « Vivez avec elles selon le convenable. Si vous éprouvez de l’aversion pour elles, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose dans laquelle Allâh place un grand bien. » Mais qu’est-ce que le convenable ?
Le convenable n’est pas une parole vague que chacun utilise selon son intérêt. Il doit être compris à la lumière de trois critères.
- L’usage reconnu, tant qu’il ne contredit pas la religion et ne porte pas atteinte aux droits essentiels.
- La dignité humaine. Nul ne doit être humilié, méprisé, menacé ou blessé dans son corps ou dans son âme. La dignité n’est pas un détail dans la famille. Elle est une limite que l’on ne franchit pas.
- La capacité financière et le minimum nécessaire. Chacun est tenu selon ses moyens, mais les besoins fondamentaux ne doivent pas être négligés. La prise en charge doit protéger du préjudice réel et permettre une vie digne.
Ainsi, le convenable repose sur l’usage reconnu, la dignité et la capacité financière. Il empêche l’abus. Il ramène les conflits à des critères clairs. Il rappelle que la justice ne se mesure pas seulement par les paroles, mais par les droits réellement respectés. Allâh dit : « À l’homme aisé selon sa capacité, et à celui aux moyens limités selon sa capacité; un don conforme au convenable. » Et Il dit: « Nous avons certes honoré les enfants d’Adam.»
Serviteurs d’Allâh, il arrive que des conflits surgissent lorsque les droits et les devoirs des différents membres de la famille semblent s’opposer. Dans ces situations, l’Islam nous enseigne de revenir à un ordre de priorités clair afin de rendre à chacun son droit.
Le premier degré est la préservation de la vie, de la religion et de la dignité.
Aucun ordre ne doit être suivi s’il conduit à une injustice manifeste, à une atteinte à la dignité ou à un préjudice reconnu. Protéger l’être humain de l’oppression fait partie des grands objectifs de la religion. Dans le hadith rapporté par Muslim, Allâh dit : « Ô Mes serviteurs, Je Me suis interdit l’injustice à Moi-même et Je l’ai rendue interdite entre vous ; ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres. »
Le deuxième degré est la préservation du pacte conjugal.
Le mariage est un engagement solennel. Il fonde un foyer qui a sa stabilité, son intimité et ses droits. Il ne convient donc pas d’accepter des interventions qui détruisent ce foyer sans raison religieuse valable, même lorsqu’elles viennent des parents. La bonté envers les parents demeure obligatoire, mais elle ne signifie pas que l’on doit suivre un ordre qui mène à l’injustice ou à la destruction du foyer. Allâh dit : « Craignez Allâh, au nom duquel vous vous demandez mutuellement assistance, et respectez les liens de parenté. Certes, Allâh vous observe constamment. »
Le troisième degré est la bonté envers les parents, encadrée par le convenable.
Obéir aux parents est un devoir dans ce qui est juste et ne cause pas de tort à la famille. Mais si un ordre pousse à rompre avec son époux ou son épouse, ou à intervenir dans le foyer d’une manière qui détruit l’affection, cet ordre précis ne doit pas être suivi. En revanche, le respect, la douceur, le lien familial et la bienfaisance envers les parents demeurent. La religion ne nous appelle ni à l’injustice envers le conjoint, ni à la rupture avec les parents. Elle nous appelle à la justice avec chacun.
Tout ordre qui mène à l’injustice, à la rupture des liens familiaux ou à la destruction de l’affection sort du convenable. Allâh dit : « Ceux qui rompent l’engagement d’Allâh après l’avoir conclu, coupent ce qu’Allâh a ordonné d’unir et sèment la corruption sur terre : ceux-là auront la malédiction et la mauvaise demeure. »
Serviteurs d’Allâh, il est aussi indispensable de protéger les droits des enfants lorsque les conflits apparaissent entre les parents. Les enfants ne doivent jamais devenir des outils de pression, ni des instruments de vengeance.
La prise en charge financière des enfants est leur droit propre. Elle ne dépend pas de la colère entre les parents. Elle ne doit pas être utilisée comme moyen de pression, ni comme monnaie d’échange. L’enfant est une personne à protéger, non un dossier dans un conflit.
De même, il n’est pas permis d’utiliser les enfants comme moyen de pression dans les conflits familiaux, ni de les pousser à prendre parti contre l’un de leurs parents. Les enfants sont une limite à ne pas franchir. Les blesser dans leur équilibre, c’est manquer à la justice et au bien que la religion nous ordonne de préserver.
Et lorsque la séparation devient nécessaire, elle doit rester digne. La pension accordée lors de la séparation n’est pas seulement une affaire d’argent. Il est aussi une manière d’apaiser les cœurs, de réparer une blessure et de quitter une relation sans haine ni humiliation. La séparation ne doit pas devenir une bataille de revanche. Elle doit être, autant que possible, un passage honorable qui préserve la dignité des adultes et l’équilibre des enfants.
Serviteurs d’Allâh, l’Islam a établi une méthode qui protège la justice dans la durée. Les limites d’Allâh ne sont pas de simples paroles. Elles sont des limites à respecter. Allâh dit : « Telles sont les limites d’Allâh, ne vous en approchez donc pas. Ainsi Allâh expose Ses signes aux gens afin qu’ils atteignent la taqwâ. » Il dit aussi: « Telles sont les limites d’Allâh, ne les transgressez donc pas. Et ceux qui transgressent les limites d’Allâh sont les injustes. » Et Il dit : « Telles sont les limites d’Allâh. Quiconque transgresse les limites d’Allâh se fait du tort à lui-même. Tu ne sais pas : il se peut qu’Allâh fasse survenir après cela une situation nouvelle. »
Faites donc de la taqwâ une surveillance intérieure. La taqwâ, c’est s’arrêter aux limites d’Allâh avant d’y être contraint par la justice. C’est se demander, avant de parler ou d’agir : suis-je juste ? Suis-je en train de protéger un droit ou de le contourner ? Suis-je en train de construire mon foyer ou de l’abîmer?
Toute relation fondée sur l’oppression ne tient pas dans la balance de la Révélation. La justice est l’âme par laquelle les foyers vivent. Si les époux poursuivent leur vie commune, qu’ils le fassent dans le respect, l’équité et le bien. Et si la séparation devient nécessaire, qu’elle se déroule dans la dignité, sans injustice ni rancœur.
Que la paix et les bénédictions d’Allâh soient sur notre maître Muḥammad, sur sa famille, et qu’Il leur accorde la paix.