Discours du vendredi 10.07.2026 : « La droiture : de la valeur à la citoyenneté vertueuse »
Louange à Allâh, qui a fait de la droiture le pilier de la religion, un repère pour les pieux, et un chemin qui relie l’être humain au Seigneur des mondes, en tout temps et en tout lieu. Nous Le louons, Lui, Exalté soit-Il, d’avoir fait de l’Islam une religion adaptée à tout environnement, capable de vivre dans toute réalité, sans s’effacer et sans s’en isoler. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allâh, Seul, sans associé. Et j’atteste que notre maître Muḥammad est Son serviteur et Son Messager, l’imam des gens de droiture ﷺ. Il a incarné la révélation dans sa vie avant même de l’enseigner par ses paroles. Il a vécu étranger à La Mecque, puis émigré à Médine. Ni les situations n’ont changé sa droiture, ni les environnements ne l’ont transformé.
Cela étant dit, serviteurs d’Allâh, nous vivons ici entre deux cultures, deux usages et deux cadres : un cadre de valeurs, qui est notre religion, et un cadre légal, celui du pays dans lequel nous vivons. Mais par la miséricorde d’Allâh envers nous, la droiture qu’Il nous a ordonnée n’est pas une idée abstraite, détachée de la réalité. Elle n’est pas un simple slogan. Elle est, comme l’a établi le ḥâfiẓ Ibn Rajab, « l’ensemble de toute la religion ». Autrement dit, elle est une mesure claire qui nous aide à évaluer notre relation avec notre Seigneur, notre rapport à nous-mêmes, et notre comportement au sein de la société dans laquelle nous vivons. Allâh dit : « Reste droit comme il t’a été ordonné. ». Cet ordre n’est pas limité à un pays, ni à une terre, ni à une situation particulière. Il s’adresse au croyant où qu’il se trouve.
Ô croyants, la droiture repose sur trois dimensions inséparables : le cœur, la langue et les membres.
Le cœur d’abord. Il est le roi. Lorsqu’il se réforme, tout le corps se réforme. Sa réforme consiste à vouer la sincérité à Allâh Seul, à Le vénérer, et à placer son espérance en Lui. Ce cœur est ce que nous appelons aujourd’hui l’autosurveillance. Le musulman n’a pas besoin que quelqu’un le surveille dans son travail ou dans son foyer pour être honnête. Car son premier surveillant est Allâh, avant toute caméra et avant toute loi.
Vient ensuite la langue. Sa droiture consiste à dire la vérité et à tenir de bonnes paroles. Mais aujourd’hui, la langue ne se limite plus à ce que nous disons avec la bouche. Elle comprend aussi ce que nous écrivons sur nos écrans, ce que nous publions, et ce que nous relayons sans vérification. Dans un temps où les rumeurs circulent vite, où les informations trompeuses se répandent facilement, la droiture consiste à vérifier avant de publier. Elle consiste aussi à respecter la vie privée des gens et leurs données. Cela fait partie du dépôt qu’Allâh nous a ordonné de préserver.
Viennent enfin les membres. Leur droiture consiste à maîtriser ses sens et à purifier ses gains. Dans notre réalité, cela comprend aussi le respect des lois du pays dans lequel nous vivons, notamment dans les transactions, dans l’éthique des relations, et dans ce qui touche à la sécurité de la société. Tout cela fait partie de la droiture. Ce n’est pas quelque chose qui lui est extérieur. Car notre religion nous ordonne de respecter les engagements avec qui que ce soit. Allâh dit: « Respectez l’engagement, car l’engagement fera l’objet d’une question. » Nous avons aussi, dans la parole d’Omar ibn al-Khaṭṭâb, qu’Allâh l’agrée, une grande leçon. Il a dit, en décrivant ceux qui ont été sincères envers Allâh : « Ils sont restés droits dans l’obéissance à Allâh, et ils n’ont pas rusé comme rusent les renards. » Cette ruse, dans notre langage d’aujourd’hui, c’est le fait de chercher les failles pour contourner les valeurs ou le système, qu’il soit religieux ou légal. La droiture, au contraire, c’est la sincérité avec soi-même, la loyauté envers Allâh, et l’honnêteté dans notre rapport à la société.
Serviteurs d’Allâh, notre droiture dans ce pays ne doit nous conduire ni à l’isolement, ni à l’effacement. Elle est une fermeté sur les principes, avec une souplesse dans les moyens. Nous sommes appelés à établir une harmonie morale entre notre identité religieuse et nos devoirs de citoyens ou de résidents. Nous respectons les lois. Nous nous conformons au cadre constitutionnel qui organise la relation entre la nation et les religions. Et cela ne porte pas atteinte à l’essence de notre croyance ni à notre adoration personnelle. Notre religion nous enseigne le respect des contrats et des usages, tant qu’ils n’ordonnent pas une désobéissance. Le Prophète ﷺ lui-même a respecté ses engagements avec les non-musulmans à Médine. Et il a accepté la protection d’al-Muṭʿam ibn ʿAdî, alors qu’il était associateur, après son retour de Ṭâ’if.
Parmi les grandes manifestations de la droiture aujourd’hui, il y a aussi le fait de construire un véritable soutien social, dans nos foyers et dans notre pays. Une bonne compagnie qui aide à rester ferme. Une mosquée qui soit une école de moralité avant d’être seulement un lieu d’adoration. Une famille qui éduque ses enfants à comprendre que réussir dans ce pays, dans les études, dans le travail et dans les relations, fait partie de leur religion, et n’en est pas séparé.
Lorsque nous sommes face à un choix difficile, entre un avantage immédiat et la bonne conduite à tenir, suivons le chemin que notre religion nous a enseigné.
Premièrement : s’arrêter, réfléchir, et ne pas agir sous la pression du moment ni sous l’attrait d’un avantage rapide.
Deuxièmement : peser son choix avec la balance de la justice et de la bienfaisance, en respectant ce qui nous incombe religieusement et légalement.
Troisièmement : examiner son intention intérieure, afin de ne pas tomber dans cette ruse contre laquelle Omar ibn al-Khaṭṭâb nous a mis en garde.
Quatrièmement : avancer sur le chemin qui réunit l’agrément d’Allâh et la préservation de notre responsabilité envers la société.
Serviteurs d’Allâh, celui qui suit ce chemin reçoit d’Allâh, Exalté soit-Il, trois bonnes nouvelles mentionnées dans la sourate Fussilat et la sourate Al-Aḥqâf. Elles sont comme un pacte de sécurité pour les gens de droiture.
La première bonne nouvelle est une sécurité au moment de la mort. Il leur est dit : « N’ayez pas peur et ne soyez pas affligés. ». Cela au moment où l’être humain quitte ce monde.
La deuxième bonne nouvelle est une sécurité dans le Barzakh, les anges accompagnent le serviteur et le soutiennent au moment de l’interrogatoire.
La troisième bonne nouvelle est une sécurité le Jour de la grande frayeur : Allâh leur promet le Paradis, comme récompense de leur sincérité et de leur droiture.
Serviteurs d’Allâh, dans sa finalité la plus élevée, la droiture est une manière de construire une civilisation. Elle commence par la réforme de l’intérieur de l’être. Puis elle conduit à bâtir une société fondée sur la confiance et la justice. Elle est la voie par laquelle l’adoration ne reste pas de simples gestes sans âme, mais devient une force morale qui montre les beautés de l’Islam dans les comportements, avant même les paroles. Et afin que notre boussole demeure orientée vers la bienfaisance dans chaque relation, concluons par ce verset global, qui résume la droiture morale. Allâh dit: « Certes, Allâh ordonne la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, le blâmable et l’injustice. Il vous exhorte afin que vous vous rappeliez. ». Par la justice, les balances se redressent. Par la bienfaisance, les âmes s’accomplissent. Et par la droiture, se construisent les grandeurs des nations.
Que la paix et les bénédictions d’Allâh soient sur notre maître Muḥammad, ainsi que sur sa famille.