Khuṭba de l’Aïd al-Adḥâ 27.05.2026 : « béni – Les valeurs directrices tirées du pèlerinage d’adieu »
Louange à Allâh, le Très-Grand, le Très-Haut. Lui qui a fait pour nous de la saison du ḥajj un rappel et un symbole, et qui a répandu sur les jours bénis de Dhû al-Ḥijja lumière et vigueur. J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allâh, Seul, sans associé, d’un témoignage qui remplit le cœur de certitude et de vie. Et j’atteste que notre maître Muḥammad est Son serviteur et Son Messager, le sceau des prophètes, l’imam des envoyés, celui qui fut doté d’un caractère immense. Que les prières et la paix d’Allâh soient sur lui, sur sa noble famille, sur ses Compagnons honorés, ainsi que sur tous ceux qui suivent sa guidance jusqu’au Jour de la Rétribution.
Cela étant dit, serviteurs d’Allâh, l’Aïd al-kabir béni revient à nous chaque année, portant en lui de profonds souffles de foi et des vérités humaines éternelles. C’est la fête du sacrifice, de la dignité humaine, de la sincérité et de la certitude. C’est un jour de rappel et de gratitude. En ce jour béni, nous nous souvenons des recommandations du Prophète ﷺ lors du pèlerinage d’adieu. Ces recommandations ont dessiné un modèle complet de vie, et ont établi un pacte de dignité, de justice et de responsabilité. Nous pouvons en retenir plusieurs enseignements.
Premier enseignement : le croyant, le musulman et celui qui lutte contre son âme
Le Prophète ﷺ a décrit la véritable personnalité musulmane en quelques paroles concises et profondes. Il a dit : « Voulez-vous que je vous informe de ce qu’est le croyant ? C’est celui à qui les gens peuvent confier leurs biens et leurs personnes. Le musulman est celui dont les gens sont à l’abri de sa langue et de sa main. L’émigrant est celui qui délaisse ce qu’Allâh a interdit. Et celui qui lutte véritablement est celui qui lutte contre son âme dans l’obéissance à Allâh. » Méditez, serviteurs d’Allâh, ces paroles prophétiques. Le véritable croyant n’est pas celui qui se distingue par son origine, son nom, son rang ou ses biens. Le véritable croyant est celui dont la présence rassure, dont la parole ne blesse pas, et dont la main ne nuit pas. Le musulman authentique est une source de sécurité pour les autres. Les gens sont à l’abri de sa langue, de ses actes, de son injustice et de sa trahison. Et lorsque le Prophète ﷺ définit celui qui lutte véritablement comme celui qui lutte contre son âme dans l’obéissance à Allâh, il nous enseigne que la réforme commence d’abord à l’intérieur : dans la maîtrise de l’orgueil, de l’égoïsme et des passions.
Deuxième enseignement : l’égalité et la taqwâ
Lors du pèlerinage d’adieu, le Prophète ﷺ a annulé tous les critères mensongers de supériorité. Il a dit : « Ô gens, votre Seigneur est Un, et votre père est un. Aucun Arabe n’a de mérite supérieur sur un non-Arabe, aucun non-Arabe n’a de mérite supérieur sur un Arabe, ni un homme à la peau claire à un homme à la peau sombre, ni un homme à la peau sombre à un homme à la peau claire, si ce n’est par la taqwâ. ». Dans ce noble hadith, le Prophète ﷺ a proclamé que les êtres humains sont égaux. Ni la couleur ne détermine la valeur. Ni l’origine ne donne l’honneur. Ni la langue n’élève ou n’abaisse. Le seul critère véritable auprès d’Allâh est la taqwâ. Et la taqwâ est une réalité du cœur, connue parfaitement d’Allâh seul. Ainsi, le croyant ne méprise personne. Il ne se croit supérieur à personne. Il sait que la noblesse véritable est celle qu’Allâh accorde à ceux qui Le craignent sincèrement.
Troisième enseignement : le pacte de la relation conjugale
Le Prophète ﷺ s’est arrêté, lors du pèlerinage d’adieu, sur le foyer familial et sur la femme. Il a dit : « Craignez Allâh au sujet des femmes, car vous les avez prises selon l’alliance sacrée d’Allâh, et vous avez rendu licite votre union avec elles par la parole d’Allâh. » Quelle précision et quelle noblesse dans cette parole prophétique. L’épouse, en islam, n’est pas une simple partie dans un contrat. Elle est une amâna, un dépôt confié par Allâh. Et la relation conjugale n’est pas une simple organisation du quotidien. Elle est une relation honorée par la parole d’Allâh. C’est pourquoi l’islam fait de la taqwâ le premier gardien du couple. Une taqwâ qui éveille la conscience, qui rappelle le regard d’Allâh, et qui pousse chacun à respecter les droits de l’autre. Le foyer ne se construit pas seulement avec des paroles. Il se construit avec la miséricorde, la patience, l’affection et la justice. Le couple vertueux est la première brique d’une société stable. Si le foyer se réforme, la société se réforme. Et si le foyer s’effondre, tout l’édifice s’affaiblit.
Quatrième enseignement : rompre avec les héritages de la Jâhiliyya
Le Prophète ﷺ ne s’est pas contenté d’établir de nouveaux droits. Il a aussi proclamé une rupture claire avec tout ce qui empêche l’être humain de s’élever. Il a dit : « Tout ce qui relève de l’affaire de la Jâhiliyya est désormais placé sous mes pieds. » Écoutez la précision de la formulation prophétique : il n’a pas dit « interdit » ou « aboli » seulement, mais placé sous mes pieds — une image rhétorique exprimant le plus grand mépris, signifiant que ces héritages de la jāhiliyya ne méritent même pas d’être discutés, mais d’être foulés aux pieds et dépassés . Elle signifie que les pratiques injustes de la Jâhiliyya doivent être rejetées, abandonnées et dépassées. La Jâhiliyya était marquée par des maux profonds : le fanatisme tribal, qui place l’appartenance au sang au-dessus de la vérité ; la vengeance, qui transmet les rancunes de génération en génération ; et l’usure corruptrice, qui fait de l’argent le maître de l’homme au lieu d’en faire son serviteur. L’islam est venu construire une identité nouvelle : une identité fondée sur la foi, la science, la Révélation, la justice et la dignité, non sur l’orgueil des origines ou la domination des passions.
Cinquième enseignement : la protection des vies, des biens et de l’honneur
Le Prophète ﷺ s’est tenu en ce grand jour devant les foules rassemblées, et il a déclaré : « Vos sangs, vos biens et vos honneurs vous sont sacrés, comme est sacré ce jour-ci, en ce mois-ci, dans cette terre-ci. » Quelles paroles immenses ! Le Prophète ﷺ ne s’est pas contenté d’interdire l’agression. Il a relié cette interdiction aux choses les plus sacrées pour les musulmans : la sacralité du jour, la sacralité du mois et la sacralité de la terre sainte. Il nous enseigne ainsi que la vie, les biens et l’honneur des personnes sont sacrés. Il n’est pas permis de porter atteinte à la vie d’autrui. Il n’est pas permis de s’emparer injustement de ses biens. Il n’est pas permis de salir son honneur par la médisance, la calomnie ou l’injustice. C’est un système complet de protection de ce que les savants ont appelé les Cinq grandes nécessités : la religion, la vie, la raison, la descendance et les biens. Ces nécessités sont le nerf de la civilisation et le fondement de la stabilité.
Sixième enseignement : la science est un dépôt et une responsabilité
Parmi les enseignements importants du pèlerinage d’adieu, il y a cette parole du Prophète ﷺ : « Mon Seigneur m’a ordonné de vous enseigner ce que vous ignoriez parmi ce qu’Il m’a enseigné en ce jour. Que le présent transmette donc à l’absent. » Dans cette parole, le Prophète ﷺ nous enseigne que la science n’est pas un privilège personnel. Elle est une responsabilité. Celui qui entend une vérité utile doit la transmettre. Celui qui reçoit une lumière de compréhension doit la partager. Celui qui apprend un bien doit le faire parvenir avec sagesse, sincérité et douceur. À une époque où les idées se multiplient et où les discours se contredisent, nous avons besoin d’hommes et de femmes qui portent une science utile, une parole équilibrée et une conduite droite.
Ô croyants et croyantes, le message du pèlerinage d’adieu n’est pas un simple souvenir historique. C’est une guidance vivante qui nous concerne aujourd’hui. Nous devons préserver les vies, les biens et les honneurs. Nous devons traiter les autres avec respect et dignité. Nous devons purifier nos cœurs du racisme, du sectarisme, de l’orgueil et du mépris. Nous devons porter la science utile et la transmettre avec sagesse. Nous devons fonder nos familles sur la taqwâ, l’affection et la miséricorde. Nous devons respecter les droits des époux comme Allâh l’a ordonné. Faisons de la taqwâ notre critère dans nos relations avec tous les gens, quelles que soient leurs langues, leurs couleurs et leurs origines. Et faites de votre Aid une occasion de solidarité, non une simple occasion de consommation. Dans une époque de peur, soyez une source de sécurité. Dans une époque de dureté, soyez une source de miséricorde. Dans une époque de dispersion, soyez un facteur d’unité. Ô Allâh, accorde-nous la taqwâ dans nos paroles et dans nos actes. Ô Allâh, réforme nos foyers, protège nos familles, purifie nos cœurs et fais de nous des serviteurs de miséricorde, de justice et de droiture.
Que les prières, la paix et les bénédictions d’Allâh soient sur notre maître Muḥammad, sur sa famille et sur tous ses Compagnons.